jeudi 11 avril 2019

Brocante

Son regard se figea dans le tourbillon de son verre de thé, et elle s’absenta au monde pour se rendre présente à elle-même. Elle s’engouffra dans sa complexité, comme un droguiste disparaît derrière des étagères encombrées de produits. Elle fouilla un moment. En raison de son goût pour la poésie et de sa proximité du monde soufi depuis son plus jeune âge, Maya était l’héritière privilégiée de la poésie mystique musulmane. Son héritage spirituel était vaste, mais parfaitement désorganisé. Les enseignements que lui prodiguait sa famille l’avaient toujours intéressée. Elle connaissait des foultitudes de poèmes et d’aphorismes par cœur. Mais une jeune mémoire ne mesure jamais la valeur d’un héritage littéraire et philosophique, et encore moins spirituel. Il faut toujours que la souffrance donne du relief aux évidences. Certaines évidences mettent en effet la sagesse à la portée de chacun, mais sont trop familières pour être considérées. Elles sont exposées dans la brocante de l’instruction, trop proches pour être observées, comme un objet rapporté d’un voyage lointain qui ne révèle vraiment l’univers de son lieu d’origine qu’aux chalands avertis, c’est-à-dire, ceux qui ont fait le voyage et qui en ont senti l’ambiance, le climat, les moiteurs, les torpeurs, les odeurs, les sonorités, les peurs et les douleurs.
Ibéris, le fruit de l'amour, Edition Victor Le Brun.

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