samedi 14 juin 2014

Les vertus prophétiques


La clémence, lorsqu’il était en position de force, la patience face aux nuisances, la longanimité et l’abnégation, faisaient partie des vertus sur la base desquels Dieu l’avait éduqué. Tout homme, si magnanime soit-il, est susceptible d’être mis en défaut. L’Envoyé de Dieu, quant à lui, opposait à tout surcroît de nuisance un surcroît de patience, et à tout surcroît de malveillance un surcroît d’indulgence. ‘Â’isha relate à ce sujet : « Lorsque le Prophète avait le choix entre deux possibilités, il optait toujours pour la plus aisée, à moins que l’une soit répréhensible. Si une action était répréhensible, il y était le plus résolument opposé. Il ne cherchait jamais vengeance pour lui-même.
Mais si un Droit divin était bafoué, il se vengeait des torts pour lui »[1].
Il était le dernier à exprimer sa colère et le premier à l’apaiser.

Sa générosité et son altruisme étaient au-delà des humaines mesures. Il donnait comme quelqu’un qui ne craint pas l’indigence. Ibn ‘Abbâs dit en ce sens : « Le Prophète était le plus généreux des hommes, et en particulier durant le mois de Ramadân lorsque Gabriel venait le trouver. Car l’Ange se présentait à lui chaque nuit durant cette période pour l’instruire du Coran. L’Envoyé de Dieu se montrait alors plus libéral qu’un vent débridé [porteur de nuages] »[2].
Jâbir relate également : « Jamais il ne répondit non à une requête »[3].

Son courage et son héroïsme étaient proverbiaux. Il eut l’occasion de faire face à des situations de danger extrême ayant provoqué la fuite des combattants les plus intrépides. Lui demeura imperturbablement en son lieu, faisant face à l’ennemi. Il arrive à tout homme courageux de fuir. Quant au Prophète, ‘Alî raconte à son sujet : « Lorsque les combats faisaient rage, gorgeant de sang les yeux des combattants, nous nous abritions derrière l’Envoyé de Dieu. Nul n’était plus proche de l’ennemi que lui »[4].
Anas fait également le récit suivant : « Un jour, les médinois furent réveillés en sursaut par un cri. Les gens se précipitèrent vers la voix. Ils croisèrent l’Envoyé de Dieu qui les avait précédés et s’en revenait déjà. Il montait sans selle sur un cheval d’Abû Talha, l’épée en bandoulière. Il déclara : Vous n’êtes pas sur vos gardes ! vous n’êtes pas sur vos gardes ! »[5].

Il était le plus pudique des hommes et le plus soucieux de ne pas porter de regards illégitimes. Abû Sa‘îd Al-Khidrî le décrit en ces termes : « Il était plus pudique qu’une vierge dans son gynécée. Et lorsque quelque chose lui déplaisait, on le voyait sur son visage »[6].
Il ne fixait jamais quelqu’un avec insistance ; il baissait les yeux. Il regardait plus le sol que le ciel. Il s’abstenait par noblesse de regarder du coin de l’œil, et se retenait par pudeur et magnanimité de dire aux gens ce qui lui déplaisait. Lorsqu’on l’informait de l’inconduite de quelqu’un, il ne parlait pas de lui nommément. Il se contentait de dire : « Pourquoi des gens font-ils telle et telle chose ? »
Les vers du poète Al-Farazdaq s’appliquaient à lui plus qu’à quiconque :

Il baisse le regard, conduit par la pudeur,
Et, par respect pour lui, les gens baissent le leur.
Nul n’ose lui parler, si, lorsqu’à son abord
Son visage radieux un sourire n’arbore.

Il était le plus juste, le plus modéré, le plus franc et le plus probe des hommes. Chacun, ami ou ennemi, en témoignait. Avant sa Mission apostolique, les gens le surnommaient Le digne de confiance et venaient solliciter son arbitrage. Al-Tirmidhî rapporte de ‘Alî qu’Abû Jahl déclara un jour au Prophète : « Nous ne doutons pas de toi, mais nous ne croyons pas en ce Message que tu nous apportes. » Le Très-Haut révéla à ce sujet : « Il ne te taxe pas de menteur. Mais les gens iniques nient les signes de Dieu[7] »[8]. Lorsqu’Héraclius demanda à Abû Sufyân : « Le taxiez-vous de mensonge avant qu’ils soutiennent les propos en question ? » Il répondit : « Non ! »

Il était le plus humble des hommes. Il empêchait ses compagnons de se lever devant lui comme on se lève devant un roi. Il se tenait au chevet des indigents malades et côtoyait les pauvres. Il répondait aux esclaves qui l’interpellaient, et s’asseyait parmi ses compagnons sans se distinguer. ‘Â’isha raconte à ce sujet : « Il raccommodait ses sandales et reprisait ses vêtements de sa main, et il participait aux tâches ménagères comme tout un chacun. Il se comportait comme un être humain ordinaire : il épouillait ses habits, trayait ses brebis et s’occupait de lui-même »[9].

Il était le plus respectueux de ses engagements, le plus soucieux d’entretenir les liens familiaux, le plus compatissant, le plus clément et le plus miséricordieux envers les gens. Il était le plus affable, le plus poli et le plus conciliant. La vulgarité et l’indécence lui étaient étrangères. Il ne maudissait pas à tort et à travers et ne criait pas à toute voix dans les souks. Il ne rendait pas le mal par le mal, privilégiant la clémence et le pardon. Il ne laissait personne marcher derrière lui. Il mangeait et s’habillait comme ses esclaves, et servait qui le servait. Jamais il ne dit « Zut[10] ! », [signifiant son indignation et son impatience] vis-à-vis d’un serviteur ; et jamais ne fit le reproche à l’un d’eux d’avoir fait ou de ne pas avoir fait quelque chose.
Il aimait les pauvres. Il cultivait leur compagnie et assistait à leurs funérailles. Jamais il ne méprisa un individu pour son indigence. Lors d’un voyage, il demanda que l’on prépare un mouton. Un homme annonça : « Je me charge de l’égorger. » Un autre annonça : « Moi, je me charge de le dépecer. » Un troisième annonça : « Quant à moi, je me charge de la cuisson. » L’Envoyé de Dieu annonça à son tour : « Je me charge de ramasser le bois. » Des compagnons s’exclamèrent : « Nous pouvons le faire à ta place ! » Il répondit : « Je sais bien que vous pourriez le faire à ma place, mais je n’aime pas être privilégié. Dieu n’apprécie pas de voir un de Ses serviteurs se démarquer de ses compagnons. » Il partit donc ramasser du bois[11].

Écoutons la description que Hind Ibn Abû Hâla fait de lui : « L’Envoyé de Dieu était souvent attristé. Il pensait en permanence et ne se reposait jamais. Il ne parlait que si nécessaire et se tenait longtemps silencieux. Le début et la fin de ses propos étaient franchement marqués : il ne parlait pas à demi-mot. Sa parole était synthétique, et mesurée : ni verbeuse ni laconique ; elle était douce, sans aspérité et dénuée de mots infamants. Il faisait grand cas des bienfaits, si modestes fussent-ils. Il ne dépréciait rien. Il ne disait mot du goût des aliments, ni en bien, ni en mal. S’il se mettait en colère pour la défense d’un droit, rien ne pouvait l’arrêter tant que le tort n’était pas réparé. Mais, par grandeur d’âme, il ne se mettait pas en colère pour lui-même et ne prenait pas sa propre défense. Lorsqu’il indiquait une chose, il la pointait de toute sa main [et non du doigt] ; et lorsqu’il était étonné, il tournait sa paume [vers le ciel]. Lorsqu’il était fâché, il déviait son regard et se détournait ; et lorsqu’il était enjoué, il baissait les yeux. Le plus souvent, son rire se limitait à un sourire, laissant paraître des dents comparables à des grêlons.

Il préservait sa langue de participer à des discussions qui ne le concernaient pas. Il créait la concorde et non la discorde parmi ses compagnons. Il honorait tout homme jouissant de la considération de son peuple ; et [lorsque l’un d’eux embrassait l’islam], il le désignait à la tête de ceux-ci. Il demeurait vigilant vis-à-vis des gens, mais s’il était sur ses gardes, il continuait néanmoins à se montrer affable.

Il s’enquérait de ses compagnons et s’informait auprès des gens de leurs conditions. Il approuvait et cautionnait [les comportements] louables, et il désapprouvait et dénigrait [les comportements] condamnables. Il était modéré, et non excessif. Il restait vigilant, craignant l’insouciance ou le relâchement des gens. Il était paré contre toutes les éventualités. Il donnait à chacun son droit sans rien y soustraire et sans empiéter sur le droit d’un autre. Les meilleurs des hommes étaient les plus proches de lui. Et, à ses yeux, les hommes plus estimables étaient ceux dont le bienveillant conseil servait le plus largement leurs semblables ; et les hommes jouissant du rang le plus insigne étaient les plus attentionnés et les plus serviables.

Il ne s’asseyait ni ne se levait sans manquer de mentionner Dieu. Il ne se faisait pas une place privilégiée. Il s’asseyait là où il trouvait une place libre, et il prescrivait à ses compagnons d’en faire autant. Il donnait sa part de bienveillance à chaque personne en sa présence, si bien que chacun avait l’impression d’être le plus honorable des hommes à ses yeux. Lorsque quelqu’un l’abordait pour lui faire part d’un besoin quelconque, il l’écoutait avec patience jusqu’à ce que son interlocuteur le quitte de lui-même. Lorsque quelqu’un lui exprimait une requête, soit il la satisfaisait, soit il adressait une parole encourageante à l’intéressé. Sa jovialité et son aimable complexion touchaient tout le monde, si bien qu’il était comme un père pour les gens. Tous jouissaient auprès de lui de droits sensiblement identiques : ils ne se distinguaient à ses yeux que sur la base de leur piété.
Ses assemblées étaient empreintes de magnanimité, de pudeur, de patience et d’honnêteté. Auprès de lui, nulle voix ne s’élevait et nul droit n’était transgressé : on ne craignait pas une inconduite de sa part. Animés de déférence envers Dieu, les gens en sa compagnie se comportaient avec bienveillance ; ils traitaient les personnes âgées avec respects et les enfants avec mansuétude ; ils secouraient les nécessiteux et tenaient compagnie aux étrangers.

 Il était toujours amène, facile à vivre et accommodant. Il n’avait rien de dur ni de rustre. Il ne criait pas à tort et à travers, et ne tenait jamais de propos infamants. Il s’abstenait de blâmer ou de trop encenser. Lorsqu’un [met] ne le mettait pas en appétit, il faisait mine de rien et ne montrait pas de signe de lassitude.
Vis-à-vis de lui-même, il s’interdisait trois choses : d’adopter une attitude ostentatoire ; d’être dans l’excès ; et de se mêler de ce qui ne le regardait pas. Et vis-à-vis de ses semblables, il s’interdisait également trois choses : blâmer, insulter et déshonorer.
Il ne parlait que s’il pouvait attendre une récompense de ses propos. Lorsqu’il s’exprimait, l’assistance écoutait attentivement, la tête baissée, comme si des vautours tournaient au-dessus de leurs têtes. Lorsqu’il était silencieux, les gens n’hésitaient pas à parler, mais ils ne polémiquaient pas et prenaient la parole à tour de rôle. C’était le premier à prendre la parole qui s’exprimait.
Il riait de leurs sujets de rire, et s’étonnait de leurs sujets d’étonnement. Si un étranger se présentait, il accueillait avec patience ses rustres manières de parler.
Il avait l’habitude de dire : « Si quelqu’un dans le besoin vous sollicite, faites-lui largesse. Et il ne convient pas d’attendre de l’encens de la part d’une personne avant de l’avoir aidée »[12].

Khârija Ibn Zayd dit de lui : « Dans ses assemblées, le Prophète était le plus digne des hommes. Il ne s’agitait pas. Il restait longtemps silencieux et ne parlait que si nécessaire. Si quelqu’un tenait un propos inconvenant, il se détournait de lui. Son rire se limitait au sourire. Ses paroles étaient mesurées : ni lapidaires ni prolixes. En sa présence, ses compagnons avaient également l’habitude de sourire plutôt que de rire, par respect pour lui et par désir de se conformer à son exemple »[13].




[1] Sahîh Al-Bukhârî, 1/53.
[2] Idem, 1/502.
[3] Idem.
[4] Al-Shifâ, Al-Qâdi ‘Iyâd, 1/89. D’autres récits en se sens son rapportés dans les recueils authentiques.
[5] Sahîh Muslim, 2/252 ; Sahîh Al-Bukhârî, 1/407.
[6] Sahîh Al-Bukhârî, 1/504.
[7] Coran, 6/33.
[8] Mishkât Al-Masâbîh, 2/521.
[9] Idem, 2/520.
[10] Ouff, en arabe.
[11] Khulâsa Al-Siyar, p. 22.
[12] Al-Shifâ’, Al-Qâdî ‘Iyâd, 1/121-126 ; Al-Shamâ’il, Al-Tirmidhî.
[13] Al-Shifâ’, Al-Qâdî ‘Iyâd, 1/107.

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