jeudi 19 juin 2014

Le Prophète à Al-Tâ'if



Il resta à Al-Tâ’if durant dix jours, adressant son Message à toutes les personnalités éminentes. Mais leur seule réponse fut de lui dire : « Quitte nos terres ! » Ils aiguillonnèrent si bien l’impudence des sots et des esclaves parmi eux, que lorsque le Prophète décida finalement de partir, ceux-ci l’escortèrent en le huant et en proférant des insultes. Les gens formèrent deux rangées autour de lui et lui jetèrent des pierres tout en l’accablant d’invectives.
Il fut si sévèrement touché aux chevilles que ses sandales étaient teintées de sang. Zayd Ibn Hâritha, qui tentait de s’interposer, fut blessé à la tête. La foule ne cessa de le poursuivre, jusqu’à ce qu’il trouve refuge dans un verger de ‘Utba Ibn Rabî‘a et de Shayba Ibn Rabî‘a[3], à environ cinq kilomètres de la ville. Puis ils firent demi-tour.
Le Prophète se dirigea vers une treille de vigne et s’assit à son ombre près d’un mur. Une fois apaisé, il adressa la célèbre invocation témoignant de son chagrin :
« Mon Dieu, c’est à toi que je plains mon peu de force, mon peu de recours et ma méprisable condition aux yeux des gens. Ô Toi qui es Miséricordieux entre tous, Toi qui es le Seigneur des démunis, Tu es mon Seigneur ! À qui me confies-tu ? À des étrangers inhospitaliers ? Ou à des ennemis ayant sur moi autorité ? Si tu n’es pas en colère contre moi, peu m’importe. Mais Ta sécurité me reste plus agréable. Je cherche refuge dans la lumière de Ton Visage par lequel s’illuminent les ténèbres et par lequel est assuré le bon ordre des affaires de ce monde et de l’autre : épargne-moi Ta colère et Ton irritation. Je fais amende honorable auprès de Toi, aspirant à Ta satisfaction.  Toi seul prêtes force et puissance. »
Lorsque les deux propriétaires des lieux le virent, le lien de sang les mit en émoi. Ils appelèrent leur serviteur chrétien appelé ‘Addâs et lui dirent : « Prends un peu de ce raisin et apporte-le à cet homme. Une fois les fruits devant lui, le Prophète tendit la main, prononça la formule « au Nom de Dieu ! », puis mangea. ‘Addâs lui dit : « Les gens de ce pays n’ont pas l’habitude de dire cela ! » Le Prophète lui demanda : « De quel pays viens-tu ? Et quelle est ta religion ? » Le jeune homme lui répondit : « Je suis chrétien et je viens de Ninive (Iraq). » ‒ « De la cité de Jonas Ibn Mattâ, cet homme vertueux », poursuivit le Prophète. ‘Addâs s’étonna : « Comment connais-tu Yûnus Ibn Mattâ ? » ‒ « C’est mon frère, lui dit le Prophète, il était prophète et je le suis également. » À ces mots, ‘Addâs se pencha sur l’Envoyé de Dieu et lui embrassa la tête, les mains et les pieds.




[1] Les distances des routes de l’époque sont difficiles à déterminer. Il faut donc y voir un ordre de grandeur plus qu’une mesure exacte. Le chemin emprunté par le Prophète était celui que l’on appelle le chemin du Sayl. Ce nom correspond à un lieu appelé Al-Sayl Al-Kabîr, que l’on associe aussi à un des deux lieux appelés Qarn al-Manâzil. Voir plus loin.
[2] Elle se situe à une altitude de 1700 m, sur les monts Sarawat.
[3] Ces deux hommes était proches des Banû ‘Abd Al-Muttalib par leur filiation.

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