dimanche 30 juin 2013

De la réaction face aux nuisances

L’attitude vertueuse consiste à opposer de la bienfaisance à l’individu malveillant si sa nuisance te touche personnellement. Si en revanche elle touche une autre personne ou si elle constitue une transgression d’ordre divin, il n’est pas bon d’y opposer de la bienfaisance, parce que bien agir envers un malfaiteur contribue à causer du tort à sa victime. Or, le droit de la victime doit être défendu prioritairement, et réconforter celle-ci en se désolidarisant de l’offenseur plaît davantage à Dieu que de faire plaisir à cet offenseur. Si en outre l’offensé n’est autre que toi-même, le mieux à faire est [effectivement] de pardonner.
Nos prédécesseurs ont adopté diverses voies relativement à la manière de manifester la réprobation aux transgresseurs. Ils s’accordaient tous sur le devoir de manifester de la réprobation face aux oppresseurs, aux innovateurs et à tous ceux qui adoptaient des comportements transgressifs nuisant à des tiers. En revanche, sur la question des transgressions causant nuisance à soi-même, ils avaient des vues divergentes. Certains portaient sur tous les transgresseurs un regard de miséricorde, d’autres les dénigraient sévèrement et rompaient tout contact. Ahmad Ibn Hanbal rompait les liens avec de grands personnages pour de simples mots déplacés. Il cessa ainsi de fréquenter Yahyâ Ibn Mu‘în pour l’avoir entendu dire : « Je ne demande rien à personne, mais si le sultan me faisait parvenir un présent, je l’accepterais. » Il cessa également de fréquenter al-Hârith al-Muhâsibî à cause de l’ouvrage qu’il composa pour réfuter les mutazilites. Il déclara à ce sujet : « Ce faisant, tu n’as d’autre choix que d’exposer leurs arguments et d’encourager par conséquent les gens à en méditer le sens. Et c’est seulement après cela que tu les peux les réfuter. » Il cessa de fréquenter Abû Thawr en raison de son commentaire du hadith : « Dieu a créé l’homme à son image. »

Ces positions respectives dépendent des intentions, lesquelles dépendent de la disposition spirituelle de chacun. Si le cœur d’un homme considère de manière prépondérante l’état de contrainte et d’impuissance des gens, sachant qu’ils sont soumis au destin qui leur est assigné, il se montre très accommodant en matière d’inimitié et d’adversité. Cette attitude a son lieu, mais elle peut se confondre avec la complaisance. Le plus souvent, ce qui conduit les gens à se montrer conciliant vis-à-vis des transgressions n’est autre que la complaisance, l’adulation et la peur de la dissension et de la mésentente que cela peut générer. Le Malin suggère donc parfois au sot qu’il ne fait que voir les choses d’un œil miséricordieux. Chacun peut mesurer cela à l’aune de ce qui suit : si l’individu manifeste sciemment de la clémence envers les nuisances qui lui sont faites en propre et réalise que l’on s’est bien moqué de lui tout en sachant que la prudence n’entrave pas pour autant le destin et que le coupable ne pouvait agir autrement puisque son acte était décrété, alors il est fort probable que son intention soit réellement de ne pas prêter attention aux méfaits commis à l’encontre du droit divin ; si en revanche il s’irrite lorsque les torts le touchent personnellement et ne s’offusque pas lorsque ces torts ne touchent que le droit divin, il s’agit d’un flagorneur usurpé par les fourbes desseins du Malin. Il doit donc prendre garde.

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