dimanche 30 juin 2013

Catégories d'objets d'amour

Tout objet d’amour s’inscrit dans l’un des cas de figure suivants : soit il est aimé pour lui-même sans être un moyen servant une fin au-delà de lui, soit il n’est qu’un moyen servant une fin au-delà de lui. Cette fin peut se limiter à un avantage en ce monde, se rapporter à un bien [promis] dans l’Au-delà ou bien ne se rapporter qu’à Dieu Seul.
Les objets d’amour se résument ainsi en quatre catégories.


La première est celle de l’amour voué à un être pour lui-même. Cette forme d’amour est possible dans la mesure où la source même du plaisir de l’amant réside en la vue, la connaissance et la contemplation des vertus appréciables chez l’aimé. Car toute beauté est délectable aux yeux de qui sait la percevoir, et tout objet de délectation est aimé. La délectation est subordonnée à l’appréciation et l’appréciation, à la convenance, à l’affinité et la compatibilité de complexion. [...]

La deuxième catégorie d’amour est celle que l’individu voue à une chose pour une autre. C'est-à-dire que cette première n’est qu’un moyen servant l’accession au réel objet d’amour, car ce qui permet d’y accéder est aimé. Dans le cas d’un tel objet d’amour intermédiaire, l’objet réel n’est donc autre que l’objet envisagé à travers lui.
Tout ce qui rapproche de l’objet d’amour est aimé. C’est pourquoi les gens aiment l’or et l’argent, bien que ces métaux ne leur soient d’aucune utilité en eux-mêmes. L’homme ne peut ni s’en nourrir ni s’en vêtir, mais il peut obtenir ce qu’il aime à travers eux. [...]

La troisième catégorie est celle d’un amour intermédiaire, dont la fin n’est pas un avantage en ce monde, mais un avantage dans l’Au-delà. Il est également aisé à se représenter. Il est à l’exemple d’un individu qui aime son professeur ou son maître parce que celui-ci lui permet d’acquérir la science et de parfaire son comportement. Le but que vise l’élève à travers la science et le bon comportement n’est autre que la félicité dans l’Au-delà. Un tel amour participe de l’amour en Dieu. C’est également vrai de l’homme qui aime ses élèves du fait que ceux-ci reçoivent de lui la science, ce qui le hisse au rang d’enseignant et l’érige, du même coup, à un statut vénérable dans le royaume céleste. Jésus – grâce et salut lui soient consentis – a dit en effet : « L’homme qui sait, qui fait et qui transmet ce qu’il sait, est qualifié de vénérable dans le royaume des cieux. » Comme l’enseignement ne peut se faire sans élève, ce dernier est donc un moyen de parvenir à ce statut d’accomplissement. Si un enseignant aime son élève parce qu’il est l’instrument de son projet et fait de lui cette terre de culture dont il entend récolter l’accession au statut de vénérable dans le royaume des cieux, il conçoit un amour en Dieu. [...]

La quatrième catégorie est celle de l’amour en Dieu pour Dieu. C'est-à-dire, sans convoiter ni science ni action et sans chercher à travers lui quoi que ce soit. Il s’agit du plus haut degré d’amour, mais aussi du plus subtil et du plus ardu qui puisse se représenter. Cette forme d’amour est pourtant possible. Un des signes révélant que l’amour domine un individu est qu’il déborde sur tout ce qui est lié à l’aimé ou qu’il entretient avec lui un rapport, même lointain. Lorsqu’un être voue à un de ses semblables un amour très intense, il se prend à aimer quiconque aime cet aimé ou est aimé de lui ; il aime quiconque le sert ; il aime ceux qui le louent ; il aime ceux qui s’emploient avec diligence à lui plaire. C’est si vrai, que Baqiyya Ibn al-Walîd a dit un jour : « Lorsqu’un croyant aime un autre croyant, il aime jusqu’à son chien. » Ce qui est exact. J’en veux pour preuve les récits relatant la vie des amants célèbres et les poèmes galants. Des histoires relatent ainsi que certains amants conservaient en secret les vêtements de l’aimé comme souvenir et que d’autres s’éprenaient de sa demeure, de son lien de séjour ou de ses voisins.
Majnûn Ibn ‘Âmir a dit ainsi :

Me voilà en ces lieux où vivait Laïla,
J’embrasse, épris, ce mur et puis cet autre-là !
Ce ne sont point les murs qui m’embrasent le cœur,
Mais c’est l’amour de qui habitait ces demeures. 

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