vendredi 18 janvier 2013

Le gnostique selon Ibn Arabî

Le Sheikh Muhyî ad-Dîn indique au chapitre cent soixante-dix-sept des Futûhât : « Le gnostique, tel que le définissent les soufis, est l’homme qui laisse son cœur s’animer de crainte révérencielle et de sérénité profonde ; et qui ne s’attache aux choses sans pour cela se détourner de la contemplation du Vrai, exalté soit-Il. Lorsqu’invoquant Dieu le souvenir l’investit complètement, il fait abstraction du monde. Il inspire le respect à quiconque le voit. Il demeure avec Dieu, sans être uni à Lui et sans en être désuni.
Il est plein de pudeur et son cœur est animé de déférence. Il donne la prévalence au droit de Dieu sur ses propres intérêts. Son ventre demeure affamé et son corps mal vêtu. Il ne s’afflige de rien, car il ne voit constamment que Dieu. Ses yeux pleurent et son cœur rit. Il est comme la terre que piétinent les gens vertueux autant que les gens crapuleux. Il est comme le nuage qui couvre tout de son ombre et comme la pluie qui abreuve ce qui doit l’être et ce qui ne doit pas l’être. Il ne satisfait jamais complètement son envie afin que perdure son état d’indigence spirituelle vis-à-vis du Très-Haut. Sa condition est le dénuement et l’abaissement entre les mains de Dieu. Il demeure attentif à Lui dans son lit comme dans sa prière, même si les événements spirituels (wâridât) varient selon les situations. » Il s’étendit longuement sur ce point.
Puis il déclara : « Quant à notre position, partagée par un certain nombre de gens de réalisation, elle [se résume] ainsi : le gnostique est l’homme qui demeure par le Vrai en sa synthèse. Son aspiration spirituelle le meut de manière impérieuse. Il agit sur l’existence entière sans être conditionné par elle, et plus encore, en usant de la juste balance telle qu’elle est connue des gens de Dieu. Sa qualité et sa vertu ne sont connues de personne en l’existence, ni des hommes, ni des djinns, ni des anges, ni d’aucun être vivant. Sa station est inconnue et ne peut être définie, et néanmoins, il ne sort pas de l’usage des hommes en son action de sorte qu’il se distinguerait d’eux. Son souvenir demeure inapparent et sa station inconnue. Sa mansuétude englobe toutes les créatures de Dieu. Il connait la volonté de Dieu avant que son objet n’apparaisse. Sa volonté suit ainsi la volonté du Vrai. Il ne conteste ni ne lutte, et rien n’apparait en l’existence qui soit contraire à sa volonté. Il est fort en sa douceur. Il distingue le moral de l’immoral et sait mettre en œuvre la vertu en son lieu et avec qui de droit. Il fait cela avec la sagesse d’un homme capable de se désolidariser des actions de ceux que Dieu désavoue. Et néanmoins, il continue à bien agir envers eux. Il est témoin des louanges de l’ensemble des créatures en la diversité de leurs oraisons. Il n’apparaît qu’à un gnostique semblable à lui. » 

Les Gemmes précieuses, Sha'rânî
http://www.tabernacledeslumieres.net/

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3 commentaires:

À 21 janvier 2014 à 12:46 , Blogger MARTINE BLOT a dit...

Bonjour
Je découvre ce blog et je suis émerveillée par un tel travail
Je vous remercie de nous relier à cet enseignement soufi
Bien à vous
Martine

 
À 5 octobre 2015 à 08:22 , Blogger bassirou Gningue a dit...

Jazak'Allah mon frère vous faîtes un travail titanesque, en effet Sheikh Muhyî ad-Dîn Ibn Arabi est sans très difficile à comprendre même pour de très grand oulémas, d'où la nécessité des Gemmes précieuses de l'imminent Sheikh Sha'rânî.
J'aimerais que vous fassiez de même avec les autres euvres maîtresses tel que les Hikam de Ibn Atta et l'Ihyah Hulum-u-din de Hujatul Islam Abu Hamid Ghazali at-Tussy.

 
À 2 mai 2017 à 12:11 , Blogger abdul azize Suf a dit...

Soif bénie

Inconscient de ta soif, comment t’enivrer?
A l’appel du désir, que le vin est versé!

Et si ta soif elle s’endort o! mon ami,
Puisse-t-elle respirer revenir à la vie!

Où sont les cœurs de ces âmes déchirées?
Par le feu de la passion d’être aimé.

Où sont ces amants patients et silencieux?
Larmes de rubis, au bord de leurs yeux.

Où sont les âmes, nostalgiques enivrantes,
Aux souffles brulants des soupirs qui enchantent.

Où sont ces cœurs inondés de jour,
S’y baignant au bassin de l’Amour.

Où est le cénacle et la table bénie?
Du désir de ma soif, ma coupe est rempli
Suf A-Aziz Bin-Ibn-ul-Arabi

 

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