mardi 15 janvier 2013

Du caractère accidentel de l'existence

Le Sheikh muhî al-Dîn Ibn 'Arabî déclare : « On ne peut dissocier le Vrai du monde sous tous les rapports. Car le monde est lié au Vrai - exalté soit-Il – sous le rapport de la perpétuation de son existence. Ceux qui considèrent le monde prééternel abordent la question sous cet angle. Néanmoins, le lien évoqué ne doit pas conduire à envisager une communauté de nature, de personne ou de genre entre Dieu et le monde.
Car le Très-Haut est le Créateur et Il jouit de la prérogative de l’action en l’existence. » Le Sheikh s’étend longuement sur ce point. Puis il ajoute : « Il apparaît donc que la distinction entre le Vrai et la création n’inclut pas l’existence en mode intelligible et prééternelle. Parce que le monde est lié au Très-Haut par un lien de Seigneur à sujet, même lorsqu’il demeure circonscrit dans le non-être. En effet, les essences immuables inclues dans la science prééternelle demeurent dans cet état d’indigence vis-à-vis du Très-Haut, dans la perspective de se voir revêtues du nom d’existence. Quant à Dieu, Il ne cesse de les voir d’un œil de miséricorde, en vertu de cette aspiration à l’existence. Ainsi, le Très-Haut ne cesse-t-Il d’être notre Seigneur, que nous soyons circonscrits dans le non-être ou que nous soyons revêtus d’existence. Et notre condition d’être possible est tout aussi [invariable] que Sa condition d’Être nécessaire. » Le Sheikh s’étend longuement sur ce point. Puis il ajoute : « Ceux qui excluent le lien que nous avons évoqué tombent dans des confusions et se précipitent eux-mêmes dans des abysses de perdition. Parce que si on exclut ce lien, alors il faut considérer que le monde demeure par lui-même. Ce qui est proprement impossible. Quant au lien substantiel entre le serviteur et le Seigneur, il n’est pas concevable. Parce que « [Aucune] Chose ne Lui est semblable. »[1] Un lien de cette nature demeure donc impossible quoi qu’il advienne. Car l’Essence divine se dispense des mondes. En revanche, le lien dont nous avons parlé se situe au degré de la divinité [et non de l’Essence]. Or celui-ci est indubitablement avéré. Parce que la divinité tend à existencier l’ensemble du monde avec ce qu’il comporte de lois, de rapports et de relations ; c’est elle qui appelle les contingences. En effet, on ne saurait concevoir un Contraignant sans contraint, un Créateur sans créature ou un Miséricordieux sans bénéficiaire de la miséricorde. Ce n’est possible ni sur le plan logique, ni sur le plan existentiel, ni sur le plan de la potentialité, si sur le plan des faits. Si l’on supprime le secret régissant ce lien, le statut de divinité n’a plus lieu d’être, du fait de l’absence de sujet sur lequel il s’exerce. Le monde suppose donc la divinité comme la divinité implique le monde. Quant à l’Essence sanctifiée, elle se dispense de tout cela. »

Les Gemmes précieuses, Sha'rânî
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[1] Coran, 42 : 11.

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