mercredi 25 juin 2014

Vol de perdrix


De ces perdrix aux cieux, le vol accroît ma peine,
Libre en tout qu’elles sont, sans geôle, liens ou chaînes !
Et ce n’est, Dieu m’en garde, une pensée jalouse,
Mais j’eusse aimé qu’un peu mon sort le leur épouse.

Puissé-je, oui, voler ! Sans voir ma vie rompue,
Mon cœur morne, et mes yeux, où meurt un proche, embus.
Grand bien leur fasse alors, que cette union n’altère,
Du départ, l’âpre jour où vont les êtres chers.
Et que la peur, de nuit, leur cœur jamais ne hante
Par le bruit des verrous ou des portes grinçantes.
Ce sentiment pourtant nullement ne m’atteint,
Mais l’âme des humains pas ces mots je dépeins !
Rien de moins que la mort je n’aspire à braver,
Quand ils n’ont d’autres soins que de vivre entravés !
Des perdrix, les poussins, puisse Dieu préserver,
Ah ! Mes poussins à moi d’hombre et d’eau sont privés !

Ibn 'Abbâd

Extrait de "Poésie arabo-andalouse"

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