lundi 23 juin 2014

L'intention et l'action



Les œuvres du cœur sont fatalement supérieures aux actions accomplies par les membres. Il s’en suit que la bonne intention dans son ensemble a la précellence. Parce qu’elle est l’expression de l’inclination du cœur pour le bien et de sa volonté d’agir en ce sens. Le but des œuvres de piétés extérieures se résume donc à accoutumer le cœur à vouloir le bien et à établir en lui l’inclination en ce sens.


[…]C’est ainsi que doit être compris l’effet de toutes les œuvres de piétés : leur but est de changer les dispositions et les caractéristiques du cœur, non d’avoir une action sur les membres. Ne crois donc pas que le fait de poser ton front contre le sol soit un but en soi. Si la prosternation comporte quelque vertu, c’est qu’en étant pratiquée avec assiduité, elle imprime dans le cœur l’humilité. Lorsque l’homme éprouve un sentiment d’humilité et que ce sentiment se traduit par ses membres et transparaît à travers son comportement, c’est qu’il est pénétré d’humilité. Et lorsque l’homme ressent de la compassion pour un orphelin et qu’il essuie ses larmes et l’embrasse, c’est que la compassion a investi son cœur. 

Un homme raconte l’histoire suivante : « j’étais parti en expédition armée en mer. Un membre de l’équipage proposa de vendre une sacoche. Je me dis alors : « Je vais l’acheter, en faire bon usage le temps de l’expédition, puis je la revendrais en ville et en tirerai bénéfice. » Je l’achetais donc. Le soir, je vis en rêve deux personnes descendre du ciel. L’un d’eux disait à son compagnon : « fait la liste des membres de l’expédition ! » Puis il lui dicta ce qui suit : « Untel est venu pour voir du pays ; untel est venu pour montrer sa bravoure, Untel est venu pour faire du commerce ; et Untel est venu pour plaire à Dieu. » Puis il se tourna vers moi et dit à son compagnons : « Écris : Untel est venu pour faire du commerce. » Je m’écriais : « Pour l’amour de Dieu, reconsidérez mon intention ! Je ne suis pas venu faire du commerce et je n’ai pas de marchandise à vendre. Je ne suis venu que pour m’associer à l’expédition. » L’homme me répondit : « Vieil homme, tu as pourtant acheté une sacoche hier et tu comptes en tirer un bénéfice. » Je pleurais et suppliais : « Ne m’inscrivez pas sur la liste des commerçants. » Il regarda son compagnon et lui dit : « Qu’en penses-tu ? » L’autre répondit : « Tu n’as qu’à écrire : Untel est venu pour participer à l’expédition mais il a acheté en chemin une sacoche dans l’intention d’en tirer un bénéfice. Ainsi Dieu, exalté soit-Il, se chargera de juger son cas. »

[...]
L’envoyé de Dieu (S) a dit : « Mon Dieu fait en sorte que mes dispositions secrètes soient plus estimables que mes actions apparentes et fait que ces dernières soient vertueuses. »

Un poète a dit en ce sens :

Quant les vœux et l’action du croyant s’harmonisent
La gloire et les encens lui sont au ciel acquises.
Mais ne sont-elles point mêmement disposées,
Qu’à d’acerbes tourments sont âme est exposée.
Car l’or de bon aloi, ne perd jamais crédit,
Mais est-il contrefait, qu’achat il s’interdit !


Extrait du "revivification des sciences religieuses" (ihyâ' 'ulûm al-dîn), chapitre de l'intention, de la pureté et de la sincérité.

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