mercredi 5 juin 2013

Connaissance de soi

Sache que si le Très-Haut veut un bien pour Son serviteur, il lui fait prendre conscience de ses défauts.
Quiconque est pleinement lucide n’ignore pas ses défauts et peut donc les soigner. Mais la plupart des gens ignorent leurs défauts ; chacun voit le fétu dans l’œil de son voisin et ne voit pas le tronc dans le sien.
Quiconque veut prendre connaissance de ses défauts, dispose de quatre méthodes:
La première consiste à côtoyer un maître connaisseur des tares cachées, à se soumettre à son jugement et à suivre les recommandations qu’il donne concernant le combat intérieur. C’est la relation de maître à disciple et d’enseignant à étudiant. Le Maître et enseignant connait les défauts de son élève et lui enseigne le moyen d’y porter soin. Cette méthode est devenu rare à notre époque.
La seconde consiste à chercher un ami vraiment sincère, lucide et attaché à la religion, et à faire de lui un senseur attentif de nos états et de nos actes, de sorte qu’il nous avise de tous les mœurs, les actes et les défauts apparents et cachées qui lui déplaisent. […]Mais là encore, il est bien rare qu’un ami abandonne les flatteries pour t’informer de tes défauts, ou bien qu’il soit exempt de jalousie et ne les relèvent pas de façon excessive. De fait, il est bien difficile de trouver un amis qui ne soit pas envieux ou intéressé, qui considère ce qui n’est pas un défaut comme un défaut ou qui par flagornerie en taise un. C’est pour cette raison que Dâwud at-Tâ’î s’isolait des gens. On lui demanda un jour pourquoi il ne côtoyait pas les gens, à quoi il répondit : « Que puis-je attendre de gens qui me cachent mes défauts ? »

[…]La troisième méthode consiste à déduire nos défauts des paroles de nos ennemis, car dit-on : « l’œil en colère, révèle les travers. » Il se peut qu’un homme tire davantage parti d’un ennemi lui indiquant ses tares, que d’un ami affairé à le flatter et l’encenser, et à lui cacher ses défauts. Mais la nature des hommes fait qu’ils sont habitués à démentir tout ce que disent leur ennemis et à y voir le simple reflet de la jalousie. Et pourtant, l’homme avisé ne laisse pas de tirer parti des propos de ses ennemis. Car la mention de ses défauts sera nécessairement colportée par ceux-là.

[…]La quatrième méthode consiste à côtoyer les gens, à voir tout ce qu’ils considèrent détestable, à se sonder soi-même et à s’attribuer tout ces torts. Car le croyant est le miroir du croyant : il voit en les défauts des autres ses propres défauts et il sait que les natures se ressemblent en leur propension à suive les passions ; que tout trait présent en un individu ne manque pas d’être également présent chez son compagnons en même proportion, ou en plus grande ou plus faible proportion. L’homme doit donc sonder son âme et la purifier de tout ce qu’il n’aime pas voir chez les autres. Et c’est là une forme d’éducation suffisante en soi, car si les gens se départaient de tous les traits qu’ils n’aiment pas voir chez leurs pairs, ils n’auraient plus besoin d’éducateur.


Extrait de L'éducation de l'âme, Ihyâ' 'ulûm al-dîn, Abû Hamîd Al-Ghazâlî

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