dimanche 2 juin 2013

Au delà du renoncement

Nous avons donc défini cinq dispositions dont la plus noble est celle du renoncement.

Mais au-delà de ces cinq dispositions, il en est une autre plus sublime que celle du renoncement. Elle est celle de l’individu qui voit d’un œil égal l’opulence ou la privation : qu’il dispose d’argent ou non, il ne s’en réjouit pas et ne s’en incommode pas davantage.
Il adopte ainsi l’attitude de ‘Â’ishâ - que Dieu soit satisfait d’elle – à qui on avait fait un don de cent mille dirhams et qui les avait distribués le jour même. Sa servante lui fit remarquer : « Avec tout ce que tu as distribué, tu n’as pas pu garder un un dirham pour que nous achetions de la viande pour le déjeuner ? » Elle lui répondit : « Si tu me l’avais demandé, je l’aurais fait. »
Si un être ainsi disposé possédait tous les trésors du monde, cela ne lui causerait aucun préjudice, car il continuerait à considérer que les biens sont en dépôt auprès de Dieu et non auprès des hommes, et qu’il est donc égal qu’un bien soit entre ses mains ou entre celles d’un autre. Il convient de qualifier un tel individu d’exempt de besoin, parce qu’il lui est indifférent de disposer d’argent ou non. Mais gardons-nous de donner à ce terme son sens absolu seyant à Dieu seul ou de l’employer au sujet de personnes fortunées. Car tout serviteur fortuné se réjouissant de sa fortune demeure dans le besoin, du fait qu’il aspire à la pérennité de celle-ci. Il est donc exempt de besoin relativement au gain d’argent, mais pas à sa permanence, ce qui fait de lui un indigent sous un certain rapport. Quant à l’homme dont nous parlons, il voit avec un égal détachement le gain, la permanence ou la perte d’argent. Puisque l’argent ne lui cause aucune nuisance, il n’a pas besoin d’y renoncer ; puisqu’il ne se réjouit pas de le posséder, il n’a pas besoin de le conserver ; et puisqu’il ne le convoite pas, il n’a pas besoin de le gagner. Aussi, est-il plus largement exempt de besoin qu’un autre et plus proche de cette exemption absolue définissant le Très-Haut.

[…] Je dirais même que la perfection relativement à l’argent consiste à entretenir avec lui le même rapport qu’avec l’eau : la grande quantité d’eau que te prodigue le voisinage de la mer ne t’est aucunement préjudiciable ; et la très petite quantité d’eau ne t’est pas davanatage préjudiciable tant qu’elle suffit à tes besoins vitaux. Tu as besoin d’argent comme tu as besoin d’eau. Or, tu n’as pas de raison de fuir l’eau abondante, pas plus que tu n’en as de la prendre en aversion. La probité veut que tu boives selon ton besoin et que tu abreuves les gens selon leur besoin sans garder ton eau chichement. Et bien il en va de même de l’argent.




[1] Mustaghnî

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