jeudi 10 janvier 2013

Aphorismes

La voie de Dieu est ce fleuve sans gué : qui la croise doit se mouiller.

La doctrine est le domaine d’incertitude où on trouve le plus de gens convaincus.

Pour collectionner les papillons de sagesses, il faut les tuer ; pour les observer vivants, il faut s’effacer.


C’est auprès des habitants de la terre qu’il faut régler les comptes en cieux.

La sagesse est la géographie de l’âme : elle indique la juste place des choses.

L’insoluble équation de la prédestination est dans la nature du pluriel qui la pose.

Les vaches regardent le train, les hommes l’opportunité d’être.

Le mot vérité est un mot tranchant qu’il faut articuler avec précaution.

La peur de perdre la foi est un obstacle à une foi supérieur.

Qui croit se tourner vers le divin, animé par son seul dépit et son seul dédain des hommes, ne se tourne que vers lui-même.

Le nombre des amants, ne morcelle point l’amour, c’est l’amour qui partage l’espace où il les range.

Si tu vois à quel point les gens peuvent se monter hypocrites et obséquieux pour se gagner les faveurs d’un homme influent, tu comprendras pourquoi Dieu demeure caché.

Je suis d’avis qu’un avis ne doit pas prétendre être plus qu’un avis.

Un caillou parle plus au sage qu’un rhéteur à l’inconscient.

Une des formes les plus communes de lâcheté est celle qui consiste à se trouver des bonnes excuses pour détester les gens.


Avare est cet amour dont les portions décroissent,
A mesure qu’en ton cœur plus de gens trouvent place.

Ceux qui ont la plus grande expérience de la mort sont ceux qui en parlent le moins !

Prétendre c’est s’alourdir de l’attente des autres.

La saveur de la vertu se perd vite dans un cœur trop épicé de désirs.

Dans l’amour concourant se dissolvent les amours concurrents.

La solitude du mystique c’est de décliner les invites persistantes du mensonge.

Toi qui me veux dans ta pensée, à quelle distance est l’horizon de la raison ?

Une poussière transitant sous l’ajour d’une fenêtre transporte plus de vie qu’un chef d’état inique transitant sous les drapeaux.

L’avarice, c’est de craindre que notre lot de vie soit épuisé par d’autre.

Quoi l’infini serait-il un patchwork de vérités isolées ?

La complexion de l’âme n’est encore qu’un niveau d’apparence : un vêtement plus près de la peau.

Le comble ou le paradoxe de l’égoïsme est de ne pas se préoccuper de la personne que l’on sera demain.


La vertu de l’hypocrite et centripète : elle absorbe votre amour et ne la restitue jamais.

La justice divine s’inscrit dans l’éternité, mais la poussière sous les sandales veut être tout de suite l’égale des étoiles.

Ne pas se voir infiniment idiot est le paradoxe de l’intelligence.


Le seuil de la voie est dans le deuil de soi.

Si Dieu n’avait qu’une porte, qui la trouverait ?

Lorsque tu montres une belle chose, tu te mets derrière elle.

J’ai ébréché la digue de ma conscience et j’ai été emporté. Ce n’est pas l’eau mais les rochers qui me font mal.

Les guerres de religion ont ceci d’invraisemblable qu’elles impliquent une majorité de gens qui n’y comprennent rien.

Plus une doctrine est officiellement reconnu, plus il est urgent de la briser.

Brise les blocs qui s’opposent, tu leur trouveras mille fragments communs.

La doctrine est constituée de morceaux de vérités brutes et aux bords tranchants juxtaposés. Il faut des gants de sagesse pour la manipuler.

L’anéantissement des espoirs de l’homme est sa plus grande opportunité, mais celle-ci est circonscrite dans sa plus grande douleur.

Il n’est de dénominateur commun comme un.

C’est le procès d’intention le plus commun que celui qui consiste à croire que notre voisin pourrait aisément agir selon une vertu qui pour lui est contre-nature.

Pour pousser droit, la raison doit être délestée des sentiments qui la font infléchir.

Avec la même substance qui fait l’être, ont peut bâtir une prison ou un palais.

Les frontières, c’est l’égoïsme humain à l’échelle d’un état.

Être sensé, c’est distinguer ce qui est essentiel ; être sage, c’est s’en soucier en priorité.

A toute communauté d’appartenance contingente supplée absolument la transcendante communauté de conscience.

Pour être heureux il faut deux choses : un jardin et des yeux éveillés pour le voir.

Redispose ta pensée droitement, tu te passeras des étais de l’érudition.

L’impermanence c’est la permanence du renouvellement.

La providence est un train que l’on peut prendre en marche à tout instant.

Le désir de notoriété se nourrit de l’illusoire idée que les regards sont autant de sources irrigant l’être, alors que ceux-ci ne font que gonfler l’égo sans le remplir.

La vie est une équation à trente-six inconnues. L’homme est la trente-septième qui voudrait résoudre toutes les autres.

La corde que je tiens n’est pas celle que tu tiens. Tu voudrais que je lâche la mienne pour attraper la tienne, mais je risque de tomber.

La vertu, c’est le mariage de l’intention et du lieu.

Réduire les pensées à leur filiation humaine, c’est les couper de leur filiation archétypale.

Ne pas subordonner le sens critique à la bienveillance est plus criminel que de faire du trafic d’arme.

Les gens n’aiment pas la morale. Sauf quand l’immoralité s’exerce à leurs dépends.

Trahir l’amour, c’est cueillir sa fleur pour la rapprocher de notre nez ; honorer l’amour, c’est construire une roserai dont l’exhalaison porte à mille lieux.

Le tout demeure lié au tout depuis l’éternité. Sans quoi les parties ne seraient par prédisposées à s’entre-aimer.

Le rire procède de l’excès sans nuisance à soi. C’est pourquoi on rit de tout sauf de ces maux qui nous touchent directement ou par empathie pour nos frères. Seuls les gens dénués d’empathie rient de tout et de tous faisant fi des nuisances.

Il y a plus de vertige dans d’immensité qualitative des larmes d’un amant que dans l’immensité quantitative du firmament.

Soit prêt à mourir quand tu es disposé à jouir et soit prêt à jouir quand tu es disposé à mourir, tu sauras aimer.

La haine est un écho : elle a besoin de résonance pour gronder.

La solitude, c’est de se lasser d’une âme monochrome dans un corps opaque.

Échange ta sève avec un vase, tu seras un bouquet ; échange ta sève avec une parcelle de terre, tu seras un parterre fleuri ; échange ta sève avec le tout, tu seras un éden.


La consistance spirituelle d’un lieu est à la mesure de la conscience que j’y place.

Son acariâtre vertu le têtu tue.

Ne fait pas du petit coin de jardin que tu trouves en ton cœur lorsqu’il s’émeut la propriété depuis laquelle tu regardes tes voisins avec condescendance. 


Je ne vois pas plus comment observer une parfaite convenance, que je ne vois le détaille de chaque pierre sur la lune.

(le bien que je fais + le mal que je ne fais pas) - (le mal que je fais + le bien que je ne fais pas) = le bien que je fais – le mal que je fais !

Les textes sacrés ont leur lot de charognards.

Aimer les gens à la mesure de ce qu’ils sont à notre image, c’est les peser sur une balance faussée.

Il faut se grandir pour attraper certains fruits.

Un malheur né d’un acte solidaire vaut mieux qu’un bonheur solitaire.

La jalousie a bon dos : tous les prétentieux lui imputent les reproches qui leurs sont fait.

Le caractère des hommes ne dit pas leur orientation.

Ne cultive pas la compagnie de celui dont la complexion ressemble à la tienne, mais celui dont l’aspiration ressemble à la tienne.

Qui à quarante ans ne sait pas ce que sont les impasses élémentaires de l’existence a raté sa vie.

Un pas de certitude pour mille arrêts de perplexité.

Pour être validée, l’expérience intérieure doit être accomplie dans un environnement neutre et pur. 

Toute montagne donne une identité à ses pierres ; et toute pierre participe à l’entité de la montagne.

La pensée médiocre est celle qui n’est pas assez large pour enjamber la rivière sociale et se laisse emporter par le flot. 

Faisons le deuil de l'accès à la vérité absolue, habillés de couleurs vives.

Qu’est ce qui est le plus facile à concevoir : la synthèse des réalités quantitatives en une tête d’épingle ou la synthèse des réalités qualitatives en une essence divine ?

Tu as fait de moi un matériau hautement inflammable, ne t’étincelle pas !

L’acceptation de la souffrance est le tuteur de l'amour: ce qui le maintient debout.

Les gens aiment la miséricorde et le courage, mais n'aiment pas que le sort crée les douloureuses conditions de la manifestation de ces vertus.

Ton pire ennemi est cette âme entre tes flancs, nous dite la parole prophétique. Seras-tu prêt à aimer ton ennemi ?

La conscience qui observe le tout est la même qui observe la partie : elle n'est pas réduite quand son objet d'observation l'est.

Un instant de conscience m'enseigne plus de lois de l'existence qu'une vie consacrée à la science.

Donnez-moi juste un oiseau à observer, je vous montrerais la petitesse de votre pensée.

Haute voilure d'intelligence ne veut pas dire bonne orientation.

Tramez vos pensées d'amour. Si elles sont fausses, elles ne le seront qu'à demi.

L’âme a mille façons de vibrer, sachons nous accorder.

La conscience est un roi qui n’a pas toujours les bras de science pour la servir.

Ne pleuvez pas sur l’océan : allez proposez l’amour aux cœurs les plus asséchés par la vie.

Musiciens et musiciennes de l’âme ! Partagez l’infiniment subtil en deux, vous obtiendrez deux infiniment subtil.

Seul le ressort de l’amour est assez puissant pour inciter un homme à se changer. Car si les haines ne font par leurs assauts que pousser les hommes à se retrancher dans leurs murailles intérieurs, car elles sont toujours jugées illégitimes, l’amour, en revanche, est toujours une allégeance à une cause supérieure.

L’amour prend toujours les yeux de vitesse, parce qu’il ouvre sur l’immense.

Le tout est fait de lois repérables configurant nos pensées, et celles-ci seraient fort bien configurées si l’écheveau de ces lois n’était pas infiniment subtil.

Le temps du renouveau de la conscience est plus estimable que l’âge d’or : il est un retour à l’unité avec la conscience de la multiplicité.

Dieu est si peu exigeant qu’un homme scrupuleux le craint moins que sa propre conscience.

La subversion est allée si loin qu’il ne reste plus à la subversion d’emploi que de subvertir la subversion.

Toi qui as tout perdu, tu viens de gagner un ticket pour la liberté.

Le conditionnement, c’est d’entretenir des connaissances que l’on ne peut rattacher à aucun ensemble : c’est d’avoir des petites boites pleines d’objets dont on ne sait l’utilité.

L’intégrisme a besoin des échasses de l’érudition pour se grandir. N’hésitons pas à lui faire des croche-pieds.

Si la naïveté est pour part une vertu, c’est que l’âme charitable croit en la charité, forte de l’expérience qu’elle en a en elle-même.

Le détachement, c’est quant la vie et la mort te donnent la main pour t’inviter à une danse.

En dépit de la distance qualitative infinie entre le sensible et l’intelligible, les deux sont la manifestation d’un même ultime archétype. Leur union est une équation qui semble impossible, mais qui est pourtant attestée conceptuellement par le constat de l’existence et de sa pérennité ; et qui est attesté sensiblement par l’amour.

A partir de la plus aimante doctrine ou philosophie, il est toujours aisé de reconstruire des haines, ne serait-ce qu’en haïssant tous ceux qui n’adoptent pas cette doctrine ou philosophie.


La marque de la tyrannie doctrinale est qu’elle est impatiente de convaincre.

Achetez la matière avec votre matière, mais si vous voulez l’honneur, achetez-le avec l’honneur !

Nous sommes tous l’hérétique de quelqu’un.

Le chemin le plus court vers un mur est la ligne droite du dogmatisme.

A chaque fois que l’infinitude des divergences de rend perplexe et te fait perdre la foi en toute sincérité, repense à l’immensité de l’objet de la quête et prend les serviteurs en miséricorde.

Un corps sans vie n’est pas moins présent au regard qu’un corps animé. Un monde sans Dieu n’est pas moins présent au regard qu’un monde animé.


Faire le jeu de la haine, c’est mettre les parties légitimes d’un tout en concurrence. Faire le jeu de l’amour, c’est donner à chacune de ces parties sa juste place.

L'état amoureux offre une opportunité de découvrir le meilleur de nous-mêmes. Il ne nous demande en retour que de cheminer spirituellement pour que ce meilleur devienne permanent.


C’est uniquement lorsque l’homme aime la suprême liberté plus que ses biens qu’il devient réellement capable de renoncement. Tout est affaire de hiérarchie dans l’amour.


Les détours d’amour sont les chemins les plus courts.

Les regards admiratifs te gonflent mais ne te remplissent pas.

L'acceptation de la souffrance est le versant ascendant de l'amour. Qui ne consent à le gravir à  ne saurait élargir son horizon.

Si tu pointes le défaut d'une personne pour inciter ton frère à se montrer sévère avec elle, tu ne récolteras au final de ce cœur que tu participes à endurcir qu'une semblable dureté à ton égard.

Si ta bienfaisance touche un ingrat, n’en soit pas affligé. Car il arrivera souvent que la bienfaisance d’autres personnes te touche sans que tu ne puisses t’en montrer digne.


La maladie des extrémismes se développe autour des eaux croupissantes. Ce ne sont pas les porteurs du mal qu’il faut tuer, ce sont les étangs qu’il faut relier aux sources d’eau courante.

A chaque fois que tu fais un faux pas, aimé(e), c’est l’occasion pour moi de te prendre par la main.

Aphorismes de l'auteur

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